On nous a invités à admirer les cérémonies.
Les caméras étaient là. Les discours aussi. Les poignées de main diplomatiques encore davantage.
L’Inde offre du riz. Merci.
La Chine offre du riz. Merci encore.
Les autorités remercient les « pays amis ». Les communiqués pleuvent. Les photos circulent. Les cargaisons arrivent.
Puis… plus rien.
Le rideau tombe.
Le riz entre en scène, mais les bénéficiaires, eux, restent introuvables.
Une question toute simple mérite pourtant une réponse : où est passé ce riz ?
À défaut d’avoir assisté à une distribution publique d’envergure, les Camerounais assistent surtout à un étrange spectacle : des sacs de riz apparaissent sur les marchés, des ventes s’organisent, mais l’origine de certains stocks fait jaser.
Affirmons-nous qu’il s’agit du riz offert par l’Inde ou par la Chine ? Non. Ce serait irresponsable sans preuve.
En revanche, une autre chose est certaine : le manque de transparence est le meilleur carburant des rumeurs.
Lorsqu’un don humanitaire disparaît des radars après les cérémonies officielles, chacun écrit lui-même la suite du scénario.
Il suffisait pourtant de publier la liste des bénéficiaires, les quantités distribuées, les lieux de livraison et les dates des opérations.
Au lieu de cela, le citoyen est prié de croire.
Croire que tout est arrivé.
Croire que tout a été distribué.
Croire que tout s’est bien passé.
Au Cameroun, les communiqués sont souvent plus visibles que les résultats.
On réceptionne devant les caméras.
On distribue… peut-être loin des caméras.
À ce rythme, le prochain don ne sera même plus du riz. Ce sera un manuel intitulé : « Comment remercier un donateur avant d’expliquer aux citoyens où est passé le don. »
Les Camerounais ne demandent pas un miracle.
Ils demandent simplement qu’un sac de riz destiné aux sinistrés ait un parcours aussi transparent que celui du cortège officiel venu le réceptionner.
Après tout, la confiance ne se distribue pas par communiqué.
Elle se construit par la transparence.








