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Cameroun: Quand la matraque devient l’argument suprême du pouvoir

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La République du dialogue serait-elle en train de céder la place à la République de la dissuasion ?

Dans une démocratie, la force publique est une nécessité. Elle protège les personnes, sécurise les institutions et garantit l’application de la loi. Mais lorsqu’elle devient le réflexe premier face aux frustrations sociales, aux revendications citoyennes ou aux désaccords politiques, elle cesse d’être seulement un outil de protection : elle devient un symbole de défiance entre l’État et ceux qu’il est censé servir.

Au Cameroun, le débat sur le rapport entre sécurité et libertés publiques revient avec insistance. Dans un pays confronté à des défis sécuritaires réels, de la menace terroriste dans certaines régions aux tensions sociales et politiques, l’État avance souvent l’impératif de l’ordre public. Argument recevable. Aucun gouvernement responsable ne peut ignorer les risques qui pèsent sur la stabilité nationale.

Mais l’histoire enseigne une chose : au nom de la sécurité, les États peuvent parfois être tentés d’élargir indéfiniment le champ de la contrainte. Ce qui devait être exceptionnel devient une habitude. Ce qui devait être temporaire devient une norme. Et progressivement, la peur remplace la confiance.

La question n’est donc pas de savoir s’il faut une police forte. La question est de savoir si la force reste au service du droit ou si elle finit par remplacer le débat politique.

Car une société ne se gouverne pas uniquement avec des interdictions, des contrôles et des sanctions. Elle se gouverne aussi par l’écoute, la justice sociale, la transparence et la capacité à répondre aux préoccupations des citoyens.

Quand des populations expriment une difficulté face à la vie chère, au chômage, aux injustices perçues ou au sentiment d’abandon, la première réponse ne peut pas toujours être sécuritaire. Une revendication n’est pas forcément une rébellion. Une critique n’est pas forcément une menace. Un citoyen qui questionne le pouvoir n’est pas un adversaire de la nation.

Le véritable danger pour un État n’est pas seulement le désordre dans la rue. C’est aussi l’installation d’un climat où les citoyens préfèrent se taire par prudence plutôt que parler par confiance.

Car le silence d’un peuple peut donner l’illusion d’une paix parfaite. Mais parfois, ce silence n’est que le résultat d’une société où la parole coûte trop cher.

La matraque a une utilité : elle peut contenir une situation immédiate. Mais elle ne construit ni l’adhésion, ni la confiance, ni le sentiment d’appartenance. Elle peut disperser une foule ; elle ne peut pas résoudre une frustration. Elle peut faire taire une voix ; elle ne peut pas effacer une question.

Un pouvoir véritablement fort n’est pas celui qui impose le silence. C’est celui qui accepte la contradiction sans la considérer comme une menace.

Parce qu’au bout du compte, une République ne se mesure pas au nombre de forces déployées pour contrôler ses citoyens, mais à la confiance qu’elle réussit à établir avec eux.

Quand la matraque devient l’argument suprême du pouvoir, c’est peut-être que le dialogue, lui, a déjà commencé à perdre du terrain.

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