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Quand les maires vendent la ville : chronique d’un hold-up sur l’espace public

Le cas du Camp SIC Mendong, ou comment transformer une cité en foire permanente

Il fut un temps où une mairie rêvait d’une bibliothèque, d’un jardin public, d’un dispensaire municipal, d’un terrain de sport, d’une pépinière d’entreprises ou d’un centre culturel. Aujourd’hui, certaines communes semblent avoir trouvé une formule bien plus rentable : construire des boutiques. Toujours plus de boutiques. Partout des boutiques. Et tant pis si, au passage, la ville étouffe.

Le Camp SIC de Mendong, à Yaoundé, est devenu l’un des symboles les plus éloquents de cette étrange conception du développement local. Idem pour le camp sic Biyem-assi au lieu-dit  Acacias.

Là où des générations d’enfants jouaient autrefois, où les habitants respiraient encore entre deux immeubles, le béton commercial a progressivement remplacé les espaces de vie.

Le plus spectaculaire est sans doute cette construction venue s’installer presque au pied des appartements, jusqu’à frôler les fenêtres des logements. À croire que certains urbanistes ont confondu un plan d’aménagement avec un plan de remplissage.

La question mérite pourtant d’être posée : une commune a-t-elle pour vocation première de devenir promoteur immobilier commercial ?

À écouter certains élus, chaque mètre carré libre serait une occasion manquée de percevoir un loyer. L’arbre ne produit qu’un peu d’ombre ; la boutique, elle, rapporte des recettes. Le terrain de football accueille des enfants ; une rangée de commerces accueille des locataires. Le calcul est vite fait.

Le citoyen, lui, devient la variable d’ajustement.

À Yaoundé comme à Douala, le phénomène prend des proportions inquiétantes. Les espaces verts disparaissent. Les réserves foncières s’évaporent. Les places publiques se rétrécissent. Les trottoirs deviennent des marchés. Les marchés débordent sur les routes. Les routes débordent sur les quartiers. À ce rythme, demain, les balcons eux-mêmes seront peut-être mis en location.

Cette obsession de la boutique révèle une vision extraordinairement pauvre du développement communal.

Car pendant que les municipalités multiplient les mètres carrés commerciaux, des milliers de jeunes diplômés cherchent un emploi.

Où sont les incubateurs municipaux capables d’accompagner les entrepreneurs ?

Où sont les ateliers de formation aux métiers ?

Où sont les petites zones industrielles susceptibles d’attirer des investisseurs ?

Où sont les dispensaires municipaux accessibles aux populations ?

Où sont les bibliothèques modernes ?

Où sont les médiathèques ?

Où sont les salles de sport communales ?

Où sont les espaces de loisirs pour les familles ?

Où sont les parcs urbains ?

La boutique semble avoir réponse à tout.

Pourtant, une boutique ne soigne pas un malade.

Une boutique n’apprend pas un métier.

Une boutique ne remplace pas un terrain de basket.

Une boutique ne fait pas respirer une ville.

Une boutique ne crée pas une politique publique.

Le plus ironique est que ces constructions sont souvent justifiées par la nécessité de générer des ressources propres pour les communes.

L’argument paraît séduisant.

Encore faudrait-il que les citoyens puissent constater où cet argent est réinvesti.

Les routes secondaires demeurent défoncées.

Les caniveaux restent bouchés.

Les inondations reviennent chaque saison.

Les déchets s’accumulent.

Les espaces publics disparaissent.

La qualité de vie recule.

Le compte n’y est pas.

Une ville n’est pas un immense centre commercial.

Une commune n’est pas une agence immobilière.

Le maire n’est pas un gestionnaire de boutiques.

Sa mission est autrement plus ambitieuse : organiser la cité, protéger le patrimoine collectif, préparer l’avenir.

À Mendong, le Camp SIC avait été pensé comme un ensemble urbain où logements, circulation, espaces verts et équipements collectifs formaient un équilibre. Chaque nouvelle construction anarchique rompt un peu plus cette cohérence. Ce qui était une cité devient progressivement un labyrinthe commercial.

L’urgence est désormais de rouvrir le débat sur la gouvernance foncière des communes camerounaises.

Chaque terrain communal ne devrait pas être évalué uniquement selon le montant du loyer qu’il peut générer, mais selon son utilité sociale.

La vraie richesse d’une ville ne se mesure pas au nombre de boutiques qu’elle aligne le long des routes.

Elle se mesure à la qualité de vie qu’elle offre à ses habitants.

À force de vendre chaque parcelle disponible, certaines municipalités donnent le sentiment de liquider progressivement le patrimoine collectif.

Après les espaces verts, les terrains de sport.

Après les terrains de sport, les réserves foncières.

Après les réserves foncières… que restera-t-il ?

Peut-être seulement des vitrines.

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