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Cameroun : libre sur le papier, captif dans la réalité

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Téléphonie, gaz domestique : quand les accords d’interchangeabilité restent des promesses sans effet

Au Cameroun, il existe une curieuse maladie administrative : on signe d’abord, on annonce ensuite… et on attend indéfiniment les résultats.

Sur le papier, le consommateur est roi. Il devrait pouvoir changer d’opérateur de téléphonie sans abandonner son numéro. Il devrait pouvoir bénéficier d’une véritable concurrence dans la distribution du gaz domestique, sans être prisonnier d’un réseau ou d’un système de bouteilles.

Une bouteille de gaz Bocom

En réalité, le consommateur reste souvent captif.Prenons la téléphonie mobile. La portabilité du numéro devrait constituer une révolution silencieuse : je quitte un opérateur, je conserve mon numéro, et je vais chez son concurrent. Simple. Logique. Normal dans un marché concurrentiel.Mais si cette liberté existe surtout dans les textes, à quoi sert-elle ?

Car la véritable concurrence ne consiste pas seulement à multiplier les opérateurs, les publicités et les offres promotionnelles. Elle suppose que le client puisse partir lorsqu’il n’est pas satisfait. C’est précisément cette possibilité de partir qui oblige les entreprises à améliorer leurs prix, leur qualité de service et leur relation avec leurs abonnés.

Un client qui ne peut pas facilement changer d’opérateur est un client captif.Même logique pour le gaz domestique. L’interchangeabilité devrait permettre au consommateur de ne pas être enfermé dans une logique de réseau ou de marque. Mais entre les décisions des autorités, les communiqués officiels et la réalité vécue par les ménages, il existe encore un étrange fossé.

Au Cameroun, nous avons donc inventé une nouvelle forme de liberté : la liberté administrative.Elle est proclamée dans les textes, expliquée dans les réunions, parfois célébrée dans les communiqués… mais lorsqu’elle arrive chez le consommateur, elle semble avoir perdu son chemin.

Et c’est là que se trouve le véritable problème.L’État ne doit pas seulement produire des décisions. Il doit vérifier leur application. Une réforme n’est pas effective parce qu’elle a été annoncée. Elle l’est lorsque le citoyen peut concrètement en bénéficier.

La question mérite donc d’être posée sans détour : combien de décisions destinées à renforcer la concurrence et à protéger le consommateur sont réellement opérationnelles sur le terrain ?

Parce qu’à force de multiplier les accords sans mécanisme visible de contrôle, nous finissons par fabriquer une économie où la concurrence est obligatoire dans les textes… et facultative dans la pratique.Le Camerounais n’a pas besoin d’une nouvelle promesse de liberté commerciale. Il a besoin de pouvoir changer d’opérateur, changer de fournisseur et changer de prestataire sans être puni pour avoir voulu exercer son libre choix.Sinon, appelons les choses par leur nom : ce n’est pas de l’interchangeabilité.C’est de la captivité avec un communiqué de presse.

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